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Nouvelle revue du travail, « La mise en ligne du travail. Travail et emploi sur les plateformes numériques »

4 décembre 2017

La revue Nouvelle revue du travail lance un appel à contributions sur le thème « La mise en ligne du travail. Travail et emploi sur les plateformes numériques ».

Date limite de proposition : 4 décembre 2017

Thématique

Au cours des dernières années, de multiples plateformes numériques se sont développées (Airbnb, Deliveroo, Uber, etc.) en se présentant comme de nouveaux types d’intermédiaires entre clients et offreurs de travail. La montée en puissance de ces entreprises d’un nouveau genre suscite une forte fascination médiatique qui se traduit aujourd’hui par une polarisation des débats entre l’apologie de l’« économie collaborative » et la dénonciation des méfaits de l’« ubérisation » sur le travail et l’emploi. Certains de ces nouveaux acteurs économiques sont devenus en quelques années des firmes multinationales, dégageant des chiffres d’affaires colossaux, et érigées alors en emblèmes de la nouvelle économie numérique. Et derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sont parfois, voire souvent, des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même forcément professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de travail, ou la force de travail, qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire.

Plus largement encore, l’économie numérique pose à nouveaux frais la question de la définition et des frontières du travail. Un champ d’études est en cours de constitution autour du label de « digital labor ». La notion rassemble concrètement les « like » de Facebook, les commentaires laissés sur divers sites ou encore les codes « captcha » que l’on déchiffre régulièrement sur Internet. Elle met ainsi en lumière l’ensemble des activités numériques, exercées hors du cadre d’un « travail » et souvent non considérées comme telles, mais qui génèrent pourtant bien de la valeur et du profit. Par là même, cette notion entre en résonance avec les études portant sur le travail du consommateur. Et elle stimule par sa capacité à réinterroger la définition du travail, et le système économique et marchand dans lequel ce travail s’inscrit.

Ces nouvelles interfaces économiques numériques invitent tant à des investigations empiriques qu’à nourrir des réflexions théoriques. Ce numéro thématique sera consacré à l’analyse des nouvelles pratiques économiques et de travail qu’elles induisent. Mais cela sans les étiqueter d’emblée comme innovantes, ni même forcément comme inédites. Car elles peuvent également être appréhendées comme des formes de résurgence de pratiques anciennes. L’externalisation facilitée par les nouvelles technologies peut en effet être rapprochée du « putting-out system » caractéristique de la proto-industrialisation, dans lequel un « fabricant », qui, contrairement à ce que peut suggérer le terme, ne fabrique rien, répartit les ordres qu’il a reçus et le matériel nécessaire à des travailleurs à domicile, qui rapportent la ou les pièces finies au moment convenu à un tarif négocié au préalable. Le « crowdsourcing » peut alors être pensé comme une forme renouvelée, et internationalisée, de ce « domestic system », alors même que ce dernier a précisément été interdit depuis la fin du xixe siècle.

L’observation et l’analyse du fonctionnement des plateformes numériques posent donc une série de questions fondamentales quant aux pratiques de travail, aux formes d’emploi et aux modèles sociaux et juridiques qui encadrent le système économique. Il s’agit d’une part d’interroger la situation économique et sociale, mais aussi le statut juridique, voire politique, des travailleurs. Et d’autre part, de penser ou repenser les frontières du salariat, et plus largement encore la définition du travail.

À titre indicatif et de façon non exhaustive, les questions pouvant être traitées dans ce numéro thématique s’articulent autour des thèmes suivants :

  • Les inégalités derrière le « collaboratif » et le « gratuit »,
  • La marchandisation du travail gratuit et les frontières du travail,
  • Les statuts d’emploi et la protection sociale,
  • Les modes et conditions de travail,
  • Les régulations juridiques et politiques de nouveaux acteurs économiques,
  • Spécificités nationales et comparaisons internationales.

Modalités de soumission

Les articles ne doivent pas dépasser 45 000 signes (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) et sont à adresser avant le 4 décembre 2017 à l’adresse suivante en suivant les modalités et les normes de présentation précisées à la rubrique Soumission et évaluation du site de la NRT.

Voir l’appel complet.