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Ethnologie française, « L’optimisation de soi »

15 janvier 2018

La revue Ethnologie française lance un appel à contribution sur le thème « L’optimisation de soi ».

Date limite de proposition : 15 janvier 2018

Thématique

Optimiser quoi, comment et pour quoi faire ? A travers ces questionnements, nous souhaitons souligner et travailler la pluralité des idéologies susceptibles de s’articuler à cette quête d’optimisation. Nous avons vu qu’elle fonctionne comme une morale, comme une injonction normative à maximiser l’usage de soi afin d’obtenir plus de performance, de santé ou de bien-être. En reliant les domaines du thérapeutique et de l’amélioration, le concept d’optimisation permet d’identifier un champ d’investigation original car son heuristique, à la fois sur le plan descriptif et analytique, tient à sa qualité de processus. L’optimisation, pour reprendre les mots de Gilles Deleuze, est un voyage sans trajet prédéfini, une expérience vécue. Alors que le concept d’amélioration (enhancement) est associé à l’idée de frontière, celui d’optimisation maintient un lien avec le normal. La promesse contemporaine d’optimisation se déplace ainsi aisément sur le continuum entre le normal et le pathologique en oscillant, par la diversité des vocables mobilisés, entre les registres du soin, de l’amélioration, de la prévention et du bien-être. Cette plasticité, tout en constituant un enjeu de recherche, permet aux acteurs du marché, aux pouvoirs publics et à tous ceux susceptibles d’user de cette morale d’adapter leurs produits et leurs discours à la diversité de la demande, aux enjeux réglementaires, à l’état du débat bioéthique.

Si cette injonction permanente à l’optimalité redessine les frontières du normal, il est une autre question qui mérite d’être posée : que fait-elle aux individus ? Pouvant être interprétée comme le produit d’une société saturée de logiques concurrentielles qui renvoie chacun d’entre nous à la recherche de performance et de dépassement de soi [Ehrenberg, 1994], cette quête du « mieux » entretient des liens évidents avec la pensée eugéniste qui, dans ses évolutions contemporaines, place l’individu au centre du dispositif et l’invite à une « exploitation intensive de soi ». Un individu responsable qui, par un polissage rationnel et quotidien de son corps et de ses sensations, parviendrait à un ajustement idoine à notre société, à ses valeurs et à ses normes. Par ses effets réflexifs, l’injonction à l’optimalité ouvre par ailleurs l’espace d’un jeu possible, de lignes de fuites, de décryptages, d’explorations dérivées et potentiellement critiques. Au-delà de l’injonction, il s’agit donc d’interroger le travail d’appropriation de la logique d’optimisation qui semble pouvoir se manifester en termes de postures idéologiques (distance critique, formes d’engagement) et de pratiques quotidiennes (résistances, négociations, expérimentations). Aussi, il nous apparaît important d’aborder l’optimisation comme une technique de soi – dans une perspective foucaldienne – qui a en son coeur un bricolage entre des normes et des possibles, des injonctions et des préférences. Ce processus peut également prendre la forme d’un discours politique de libération lorsque qu’il est présenté comme un moyen de reprendre prise sur son corps et son quotidien, pour ainsi atteindre une forme de vie « authentique ».

S’il s’inscrit dans une lecture critique de la logique néolibérale de performance, l’enjeu de ce numéro est surtout de révéler « l’autre face » de l’optimisation. Au plus près des individus, de leurs pratiques et de leurs représentations, nous observerons comment ceux-ci s’approprient les promesses mélioratives, adoptent ou rejettent les injonctions morales du marché de la performance, de la santé et du bien-être, et s’organisent individuellement ou collectivement pour construire des expérimentations de soi. C’est en effet dans ce champ souvent négligé de la vie quotidienne qu’émergent de nouveaux rapports au corps, de nouveaux modes de prise en charge (personnalisés ou holistiques) et qu’évoluent à bas bruit les frontières du normal et du pathologique sous le flot continu du marketing scientifique. C’est aussi dans ce régime de l’ordinaire et du quotidien que se forgent, dans l’intimité de l’expérience et la découverte de nouvelles potentialités, des usages alternatifs, des détournements, des décalages aussi discrets qu’instructifs. L’objectif principal du numéro est d’aller au-delà de la normativité du concept d’optimisation en interrogeant les jeux, les ruses, les négociations et les résistances opérés par des individus confrontés à leurs inégalités de compétences et de connaissances. Une attention sera accordée aux capacités socialement différenciées de cette appropriation.

Ce numéro vise à rassembler des enquêtes ethnographiques qui permettent d’observer les domaines de la vie quotidienne dans lesquels se déploient les formes de l’optimisation. Trois champs de la vie sociale, où l’optimalité du corps nous semble manifeste, seront privilégiés :

  1. Alimentation ;
  2. Sexualités et santé reproductive ;
  3. Bien-être.

Modalités de soumission

Les propositions de contributions (titre et résumé de 4000 à 6000 signes, références
bibliographiques incluses) sont attendues pour le 15 janvier 2018. Elles mentionneront les principaux axes de démonstration ainsi que le matériau (enquêtes et/ou archives) mobilisé et seront assorties d’une notice bio-bibliographique de l’auteur.

Elles doivent être envoyées aux coordinateurs du dossier, Tristan Fournier et Sébastien Dalgalarrondo.

Télécharger l’appel complet.