AISLF

AISLF

Disparition d’Albert Memmi

Albert Memmi vient de nous quitter, il aurait fêté son centième anniversaire le 20 décembre prochain. Il est mort loin de sa ville natale, Tunis, et de l’impasse Tronja où il a grandi à quelques encablures du ghetto juif de la ville, la Hara, dont il connaissait bien la misère.

Albert Memmi fit ses études au Lycée Carnot de Tunis où il enseignera plus tard comme professeur de philosophie. C’est à Tunis qu’il connut ses premiers engagements publics comme écrivain et comme militant de la cause anticoloniale. Il quitta sa Tunisie natale pour la France à l’indépendance du pays en 1956, l’année de tous les espoirs et de tous les dangers, avec le sentiment qu’il n’y avait plus de place pour lui sur la terre qui l’a vu naître et un doute grandissant sur la voie choisie par le nouvel État et son élite. La relation passionnelle et difficile qui lie Albert Memmi à sa tunisianité ne semble pas avoir été altérée par le temps et l’éloignement. Elle resta toujours vivante, faisant de lui un « écrivain de la « déchirure » comme le souligne Guy Dugas, pris entre les différentes facettes d’une identité de plus en plus inconciliables.

S’il eut sans doute le sentiment d’être en exil partout, y compris dans sa judéité et dans sa tunisianité, c’est dans la langue française, langue du colonisateur et de la colonisation qu’il n’a cessé de démystifier, qu’il trouva très tôt un refuge sûr. Il en est issu une œuvre qui lui a valu le Grand Prix de la Francophonie et, à un degré moindre, un engagement scientifique pendant plus d’une décennie au sein de l’AISLF dès sa création en 1958. Il fut tour à tour trésorier (de 1958 à 1963), secrétaire adjoint (de 1963 à 1965), puis membre ordinaire du bureau de l’association (de 1965 à 1971), avant de quitter ses instances dirigeantes au le congrès de Hammamet en 1971.

Essayiste, philosophe et homme de lettres naviguant entre roman et autobiographie « arrangée », Albert Memmi est aussi un sociologue hors du commun, héritier d’une tradition française des sciences sociales, celle de Michel Leiris, Jean Duvignaud et d’autres, sensible à l’expérience des hommes et à la magie des mots ; partisan d’une sociologie qui assumait encore « le ventre mou » de ses affluents littéraires.

Imed Melliti, vice-président de l’AISLF
Voir également l’hommage de Catherine Déchamp-Le Roux



AISLF site version 7.0 | © 2013-2020 Jean-Yves Le Talec pour l'AISLF