AISLF

| |

Mardi 21 septembre 2021, 22h35

Source : https://www.aislf.org/spip.php?article3962


Espaces et Sociétés, « Démobiliser les classes populaires »

1er juin 2020

Pour son prochain numéro coordonné par Virginie Baby-Collin, Anne Clerval et Julien Talpin, la revue Espaces et Sociétés lance un appel à contributions sur le thème : « Démobiliser les classes populaires ».

Date limite de soumission des propositions : 1er juin 2020

Thématique
Dans un contexte où les classes populaires sont souvent présentées comme « apathiques », « dépolitisées » ou « aliénées », nous proposons de nous intéresser aux contraintes – symboliques, sociales et spatiales – auxquelles elles se heurtent et qui peuvent expliquer l’invisibilité ou la rareté de leurs mobilisations. Par mobilisations populaires, nous entendons des mobilisations collectives issues des classes populaires (Siblot et al., 2015), donc portées par des « groupes qui se définissent par la conjonction d’une position sociale dominée et de formes de séparation culturelle » (Schwartz, 2011) et qui s’ancrent dans différents contextes géographiques dans le monde.

Dans ce numéro, nous souhaitons analyser la dimension spatiale des obstacles et des stratégies visant à empêcher la mobilisation des classes populaires, que ce soit avant ou après que celle-ci prenne forme. La notion de démobilisation permet d’interroger de concert les pratiques qui contraignent ou empêchent l’émergence de l’action collective et les formes symboliques et matérielles visant à entraver et réprimer les mobilisations (Talpin, 2016). On peut penser par exemple, d’un côté, aux stratégies de stigmatisation ou de délégitimation (Mohammed, 2018), aux pratiques paternalistes, clientélistes ou de cooptation (Auyero, 2005 ; Mattina, 2016) ou, de l’autre, aux modes de répression, directs ou indirects, policiers ou judiciaires (Codaccioni, 2019).

Ce numéro entend ainsi poursuivre les réflexions sur les rapports sociaux spatialisés (Sauvadet, Bacqué, 2011) ou la dimension spatiale des rapports sociaux (Veschambre, Ripoll, 2005 ; Backouche et al., 2011) et, plus précisément, la dimension spatiale des mobilisations collectives (Ripoll, 2008 ; Hhmed, 2009 ; Combe, Garibay, Goirand, 2015). Il s’agit de questionner la dimension spatiale des stratégies et des modes de démobilisation dans différents contextes socio-spatiaux, différents régimes politiques locaux ou nationaux, et concernant des segments variés des classes populaires, en termes d’âge, de genre, d’origine, de nationalité, ou de position par rapport à l’emploi. Les acteurs de la démobilisation sont eux-mêmes divers : en position dominante par rapport aux classes populaires, ils peuvent être publics ou privés et agir à différentes échelles.

Les articles pourront porter sur tout type de contexte local et national ou de régime politique, selon des approches méthodologiques variées. Les démarches comparatives visant à mettre en regard des formes de démobilisation contrastées sont encouragées. Les autrices et auteurs sont invités à explorer un ou plusieurs des axes qui suivent.
- Les usages stratégiques de l’espace dans les processus de démobilisation. Les travaux sur les mouvements sociaux ont souligné à quel point l’espace pouvait constituer une ressource pour les mobilisations. L’envers de ce processus mérite également d’être envisagé : comment le maintien de l’ordre est-il pensé dans l’espace, en laissant faire ou à l’inverse en empêchant les collectifs de se rassembler ? Alors que l’accès à des espaces propres constitue un élément décisif dans les dynamiques collectives, quelles sont les stratégies mises en œuvre pour les contrôler ? Dans quelle mesure les politiques de rénovation urbaine et de « mixité sociale », ou les actions de « pacification » et de sécurisation de quartiers informels, sont-elles aussi utilisées comme des moyens de démobilisation par la dispersion de classes populaires perçues comme des classes dangereuses (Kipfer, 2015) ?
- La dimension spatiale de la démobilisation. Si l’espace peut constituer une arme de démobilisation, on s’intéressera également aux formes que prend la démobilisation dans l’espace, même quand ce dernier n’est pas utilisé délibérément pour démobiliser. En quoi l’espace peut-il devenir un enjeu, même pour des luttes qui ne concernent pas directement un enjeu spatial, comme dans les mobilisations contre une fermeture d’usine ou contre les violences policières ?
- Les échelles de la démobilisation. Comment l’échelle de la mobilisation façonne-t-elle les formes de répression en retour ? Les mouvements nationaux sont-ils traités différemment des mobilisations locales ? À l’inverse, du côté des acteurs de la démobilisation, peut-on repérer des variations, dans les modes de démobilisation, entre les actions des collectivités locales et celles des États centraux ? Entre « maisons mères », filiales locales et entreprises délocalisées ? Les éventuelles contradictions et divisions entre les politiques démobilisatrices d’acteurs situés à différentes échelles influencent-elles en retour le devenir des mobilisations ?
- La variabilité des pratiques de démobilisation selon les contextes socio-spatiaux. Tous les espaces et acteurs sont-ils logés à la même enseigne en termes de démobilisation ? Dans quelle mesure les caractéristiques des différents espaces (plus ou moins grande densité, composition sociale de la population, modes de circulation entre territoires, etc.), qu’il s’agisse de quartiers de grands ensembles, de bidonvilles, de centres anciens ou d’espaces ruraux, influencent-elles les stratégies pour étouffer les contestations (en empêchant ou contraignant les circulations, les rassemblements, en suscitant des divisions, etc.) ? Peut-on repérer un traitement différencié des populations racisé·es de la part des pouvoirs publics comme privés ? Comment l’histoire sociale, urbaine ou politique influence-t-elle ces stratégies de gouvernement et comment explique-t-elle des différences au niveau national ou infranational ? On interrogera également les effets de l’objet des mobilisations sur les réponses qui sont apportées. Les mouvements focalisés sur des enjeux spatiaux – le droit à la ville, la rénovation urbaine, le logement ou l’urbanisme – sont-ils traités différemment d’autres types de mobilisations ?
- Réagir à la démobilisation. Bien qu’il ne s’agisse pas de l’objet central de ce dossier, celui-ci sera également sensible aux conséquences de la démobilisation sur les acteurs mobilisés. Comment y répondent-ils ? En modifiant leurs répertoires d’action ? En se déplaçant dans l’espace ? En se ressourçant dans l’espace privé ou domestique face aux violences vécues dans l’espace public ? Les approches fines décrivant de façon longitudinale l’évolution des trajectoires dans le temps et dans l’espace sont encouragées.

Modalités de soumission des propositions
Les articles attendus seront compris entre 35 000 et 42 000 signes (espaces compris) en incluant notes, références bibliographiques et annexes, mais hors résumés (français, anglais, espagnol).
Les consignes aux auteurs et autrices sont disponibles ici.
Les propositions sont à envoyer avant le 1er juin 2020 par email à : Virginie Baby-Collin, Anne Clerval et Julien Talpin. Une réponse aux auteur·es sera donnée le 15 juillet 2020.


AISLF • Université Toulouse Jean Jaurès • 31058 Toulouse Cedex 9 • France
Secrétariat : aislf@aislf.org | +33 (0)2 53 00 93 09

| |