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Mardi 21 septembre 2021, 22h16

Source : https://www.aislf.org/spip.php?article4357


Journal des Anthropologues : « L’Europe étudiée par ses « Autres ». Expériences passées et contemporaines »

1er octobre 2021

Le Journal des Anthropologues lance un appel à contributions pour un dossier thématique sur « L’Europe étudiée par ses « Autres ». Expériences passées et contemporaines », à paraître en décembre 2022.

Date limite de soumission : 1er octobre 2021

Thématique
En Europe, l’ethnologie a connu son essor avec la colonisation des territoires et des populations partout dans le reste du monde (l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine, le Moyen Orient). Depuis plusieurs décennies, le caractère situé du sujet de recherche supposé « neutre » (homme, blanc, hétérosexuel) et les conditions de possibilité d’un tel développement (la domination coloniale) ont été largement mis en évidence par différents courants intellectuels. Les critiques subalternistes, postcoloniales et décoloniales, les épistémologies du Sud et les savoirs situés des épistémologies féministes ont permis de renouveler et de remettre en cause les logiques inégalitaires qui structurent la recherche en sciences humaines et sociales, récusant au passage la fabrique d’un « universel » trop souvent isomorphe aux regards sur le monde portés depuis l’Europe et les États-Unis. Elles ont mis au jour le caractère « provincial » de tout discours scientifique – toujours ancré dans le contexte historique et culturel de sa production. Cependant, ces épistémologies et analyses « venues d’ailleurs » font aujourd’hui, dans des pays comme la France, l’objet de polémiques et de méfiance dans les espaces académique et public. Par ailleurs, les mesures restrictives visant à réguler l’immigration, dont le dispositif « d’accueil » des étudiant.e.s étranger.es « Bienvenue en France » est un cas archétypal, indiquent que le cosmopolitisme caractéristique de l’anthropologie reste un privilège réservé aux personnes issues des pays les plus dotés en moyens financiers.

En Europe, la majorité des étudiant.e.s et chercheur·e·s en sociologie et en anthropologie venu.e.s d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient se retrouvent bien souvent assigné.e.s à faire de « leurs pays d’origine » ou de « leur communauté » des objets d’enquête et des terrains de recherche, encouragé·e·s à s’étudier « soi-même » ou à étudier un « soi-même dans un ailleurs ». Ainsi, aujourd’hui encore, il reste inhabituel – voire insolite – de voir l’Europe et les États-Unis, et surtout leurs groupes dominants, devenir des objets étudiés par leurs « Autres », notamment des personnes issu·e·s d’anciennes colonies. Ce contexte nous pousse à interroger les conditions sociales, économiques et scientifiques de la légitimité et de l’autorité de ces « autres » ethnographes « non-européen·ne·s » à produire des connaissances sur les sociétés européennes. Cette proposition n’enlève évidemment rien au caractère problématique et relationnel de l’« européanité » qui ne saurait être réduite à un ensemble de traits aisément isolables. Il conviendra d’interroger et de « provincialiser » les ressorts de sa construction sociale dans ce volume.

Ce dossier propose de rassembler des travaux ethnographiques menés par des anthropologues « non-européen·ne·s », perçu.e.s comme tel.le.s, ou « issues » de l’immigration postcoloniale, ayant travaillé sur les sociétés européennes.

Voici une liste [non-exhaustive] de thématiques possiblement concernées par le dossier :

  • La traduction et appropriation de concepts théoriques, politiques, juridiques ou culturelles non-européens dans des pays européens (féminicide, le statut juridique des fleuves, colonialité, violence obstétricale, entre autres)
  • La réception et adaptation des pratiques de résistance (« artivisme », escrache, funa, batucadas)
  • Les différentes relations centre/périphérie et leur plasticité
  • Patrimoine sensible, restitution et relations muséales entre « Nord » et « Sud »
  • Religions, spiritualités et sécularismes
  • Possibilités et limites de l’approche comparative
  • Expériences de racialisation et discrimination sur le terrain ou dans l’université et leurs effets épistémologiques et méthodologiques
  • Parcours et intérêts des chercheur·e·s « non-européen·ne·s » qui étudient l’Europe
  • Penser les sociétés européennes avec des concepts et théories venues « d’ailleurs » (épistémologies du Sud, féminisme de/post/anticolonial, féminisme ‘de communauté’ –feminismo comunitario–, entre autres).

Lire l’appel complet

Soumission d’articles
Les résumés des propositions (5 000 signes) sont à adresser par e-mail, en français ou en anglais, en format Word, avant le 1er octobre 2021 aux trois coordinateurs.trices ci-dessous avec copie à la rédaction du Journal des anthropologues (afa@msh-parisfr), et les articles complets (si acceptés), d’une longueur maximum de 40 000 signes (espaces compris) avant le 15 mars 2022. Les articles pourront être publiés en français ou en anglais.

Fernanda Azeredo de Moraes : fernanda.azeredodemoraes@ehess.fr
Yolinliztli Pérez-Hernandez : yolinliztli.perez-hernandez@ined.fr
Émir Mahieddin : emir.mahieddin@ehess.fr


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