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Appels à contributions

Terrain, « Technocratie »

15 juin 2020

Dans le cadre de la publication d’un numéro spécial, la revue Terrain lance un appel à contributions sur le thème : « Technocratie ».

Date limite de soumission des propositions : 15 juin 2020

Thématique
Dans les dernières décennies, la recherche et l’éducation n’ont pas été les seuls domaines à subir des expérimentations « technocratiques » visant à les réformer, à mieux les organiser et en mesurer les flux d’activité. Ces domaines sont néanmoins de bons exemples où l’expérimentation a été vive, moins pour le meilleur que pour le pire si l’on en croit la plupart des enseignants et chercheurs qui se plaignent régulièrement de la technocratisation de leur activités. Encore assimilée aux yeux du public (à tort ?) à une zone de « libre créativité », orientée vers la connaissance, plus ou moins préservée des lois et exigences du marché, le champ de la connaissance est aujourd’hui prisonnier des indicateurs, soumis à des évaluations parfois paradoxales, envahi par les formulaires à remplir, aussi sexy et compliqués à déchiffrer par les chercheurs que des modes d’emploi de machines à laver. Chaque projet de recherche, aussi court soit-il, génère par ailleurs une incroyable bureaucratie, unanimement condamnée comme délétère pour la créativité.

À partir d’un certain nombre de documents bruts bien choisis, il s’agit de donner à sentir la technocratisation des champs d’activité, de pointer les absurdités de systèmes qui prennent les données qu’ils collectent pour la réalité et de subvertir ces documents de l’intérieur. Certains documents parlent d’eux-mêmes, d’autres mériteraient d’être un peu transformés ou carrément subvertis pour en saisir la nature ou les implications. Mais il est aisé de faire sentir les attendus de l’utopie technocratique, de pointer la contradiction entre les effets recherchés (rationalité, efficacité, etc.) et ceux, contre-intuitifs et inattendus, qu’il nous est donné de vivre au quotidien entre chaos, loufoquerie, incompréhension et désordre.
On peut même aller plus loin si l’on considère que notre seule arme ou que le seul mode d’action possible qui nous reste tient de la magie voire du vaudou. Si la technocratie est un art qui se caractérise par une étonnante production d’un vocabulaire, de documents, de grilles, de listes parfois absurdes, souvent surréalistes dont on pourrait compiler les plus beaux ou les plus paradoxaux, la froideur des documents technocratiques est telle qu’elle constitue un défi pour l’art et l’imagination. Ne pourrions-nous pas ici, en réaction, inventer nos propres modes de conjuration ? Appliquer sur ces documents des formules, des solutions chimiques, des artifices graphiques, porteurs d’une forme d’efficacité magique inédite, seule capable de contrecarrer les « formulaires » de la technocratie ?

L’opération est ludique certes, mais sérieuse. Il nous saut croire dans cette magie désespérée ou dans ce que cette action peut faire apparaître de la technocratie que des articles analytiques ne pourraient pas faire. Nous proposons pour cela de faire un ou deux ateliers de black magic appliquée à la littérature technocratique. Il s’agit d’identifier d’abord des matériaux bruts à subvertir. Documents, prises de notes, comptes rendus de réunions, formulaires, etc. Il s’agira ensuite dans ces ateliers de les retravailler ou remonter selon l’envie, d’expérimenter des modes de collage, de subversion, de détournement ou d’inventer ses propres procédures magiques sur des documents que l’on aura choisi pour leur pertinence. Passer son RIBAC dans un bain d’acide, compiler les refus de projets ERC ou ANR, en retourner les formules toute faites, illustrer les ravages de l’impact factor, etc., toutes les idées sont a priori les bienvenues. Les possibilités d’articles-action subversifs ne manquent pas à condition que le matériau brut choisi parle au maximum de lui-même et illustre un aspect de la machine bureaucratique non représentable autrement. Ces documents retravaillés graphiquement (ou en collaboration avec des graphistes) seront œuvre d’argument et pourront être accompagnés d’une présentation courte.
Ils pourront concerner le monde de la recherche (par exemple compilation de lettres de refus d’ANR/ERC, des justificatifs de mission, de graphiques de facteur d’impact...) mais toute idée de documents issus d’autres milieux professionnels sera prise en considération. D’autres documents d’autres époques (médiévale, antique, etc.) ainsi que d’autres regards, décalés, sur les bureaucraties d’ici et d’ailleurs (Chine, Inde, Aztèque, Maya, etc.) seront aussi les bienvenus. De même tout document illustrant des expérimentations technocratiques sur des domaines insolites (la bureaucratie du Jugement dernier, la paperasse administrative d’un éleveur de poulets, etc.). Nous acceptons a priori tous les formats d’écriture, même les plus expérimentaux, à condition qu’ils restent amarrés à un matériau ou un document brut.

Modalités de soumission des propositions
Les propositions de contribution, sous la forme d’un document brut accompagnées d’un argumentaire court, devront être envoyées avant le 15 juin 2020 à la rédaction de Terrain, par mail.
Les propositions sélectionnées seront ensuite travaillées lors d’un atelier de montage/collage, en collaboration avec des graphistes.

Voir l’appel complet.


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