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Samedi 25 janvier 2020, 10h04

Source : https://www.aislf.org/spip.php?article3841


Jean REMY

Hommage à Jean REMY

C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons la disparition de notre collègue et ami Jean Remy, professeur émérite à l’université catholique de Louvain, membre de l’Académie royale de Belgique, survenue le 6 octobre 2019, à l’âge de 90 ans. Pour notre association, en particulier pour le Comité de recherche 21 de l’AISLF « Transactions sociales, cultures et émancipations », qu’il a porté sur des fonds baptismaux en 1992, son départ laisse déjà un vide immense.
Professeur de sociologie urbaine et rurale à l’université catholique de Louvain, le début de sa carrière a été marqué par la querelle linguistique entre Flamands et Wallons en 1967-68, qu’il a vécue de l’intérieur : elle a abouti à l’interdiction de tout enseignement en français sur le territoire flamand. Le résultat a été la scission de l’université et le déménagement des sections francophones en Wallonie, dans ce qui deviendra progressivement l’université catholique et la ville nouvelle de Louvain-la-Neuve.
Cette sortie de crise a inspiré à Jean Remy une théorisation de la recherche de compromis entre des exigences opposées en termes de transaction sociale. Il l’a exposée pour la première fois en 1978 dans Produire ou reproduire ? (avec Liliane Voyé et Émile Servais), puis il l’a développée progressivement dans les réunions du Comité de recherche « Transactions sociales », ainsi que dans de nombreuses publications. En quelques mots, le paradigme de la transaction sociale permet de dépasser la tension entre la production de la société et sa reproduction et d’interroger les conflits sociétaux à l’aune de compromis pratiques et transitoires qui rendent possible le vivre-ensemble.
Dans les réunions du Comité, il a toujours été à l’écoute des autres. Il était sensible aux objections qui lui étaient faites et il les prenait comme un point de départ permettant soit d’apporter des clarifications qui dissipent les malentendus, soit d’introduire des idées nouvelles et d’aller plus loin. Il manifestait de grandes qualités humaines, toujours à l’écoute et disponible. C’était aussi un homme libre, qui n’était inféodé à aucune chapelle scientifique.
Il a pratiqué « l’intelligence collective » bien avant que l’expression ne devienne à la mode : il était convaincu – il l’a dit, écrit et mis en pratique à plusieurs reprises – que l’on trouvait à plusieurs des solutions qu’aucun des partenaires n’aurait pu trouver seul. Ceci se traduit entre autres par un grand nombre de publications collectives. Les discussions avec lui étaient riches et précises, les échanges nourris. Il avait la capacité à écouter, comprendre et donner du sens aux faits sociaux ; sa gentillesse et sa bienveillance le rendaient facile d’abord et riche dans le partage scientifique. Il avait l’art de poser les bonnes questions, de « dénouer la complexité » et de rendre ses interlocuteurs plus intelligents !
Jean Remy a joué un rôle important dans la conception et l’aménagement de Louvain-la-Neuve, associant ainsi la théorie et la pratique. Le choix a été fait de ne pas construire un campus, mais une véritable ville, dont l’université est un des éléments. Jean Remy a été un pionnier de l’urbanisme participatif, cherchant à répondre aux besoins exprimés par les habitants réels et non aux besoins supposés d’habitants abstraits. Sur cette expérience, il a publié : Louvain-la-Neuve, une manière de concevoir la ville (2007) et, dans une perspective élargie, L’espace, un objet central de la sociologie (2015).
Il a dirigé de 1987 à 2003 la revue francophone internationale Espaces et Sociétés, publiée par les éditions Érès (Toulouse) et accessible sur le site Cairn. Ses travaux lui ont valu une reconnaissance internationale au Québec, en Amérique latine et en Afrique notamment.
Ses principaux ouvrages sont aujourd’hui épuisés et de nombreux textes sont dispersés dans des revues qui n’étaient pas en ligne. C’est pourquoi nous l’avons encouragé à faire une sélection parmi les textes fondateurs et à les republier, avec une introduction les mettant en perspective. Il a terminé le manuscrit de ce gros ouvrage ‒ La transaction sociale. Un outil pour penser et dénouer la complexité de la vie en société ‒ peu avant sa mort et il paraitra début 2020 aux éditions Érès (Toulouse).
Nous voici orphelins d’un maître à penser d’une grande humanité, qui associait la pensée et l’action. Il nous revient ici, bien maladroitement et modestement, de saluer sa mémoire et d’accompagner d’un geste de sympathie ceux qui l’ont connu et aimé.
Maurice BLANC, Christophe GIBOUT et Josiane STOESSEL-RITZ, respectivement présidents honoraires et présidente actuelle du Comité de recherche 21 de l’AISLF : « Transactions sociales, cultures, émancipation ».


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