AISLF

Mémoire

Marina MAESTRUTTI (1968-2021)

Hommage à Marina Maestrutti

Daniela Cerqui et Valérie Souffron

Nous publions avec autorisation le texte « Hommage à Marina Maestrutti », paru dans la Revue d’athropologie des connaissance, 15(1). [En ligne] https://journals.openedition.org/ra...

Au nom du RT41 de l’AFS et du GT01 de l’AISLF

Marina Maestrutti est née à Turin le 18 juin 1968, mais elle a passé la plus grande partie de son enfance et de son adolescence dans la Province d’Udine (région de Frioul-Vénétie-Julienne). Installée à Paris depuis des années, cette inlassable voyageuse parcourait le monde aussi bien pour son travail que pour découvrir de nouveaux horizons, faire de nouvelles rencontres ou revoir ses nombreux ami·e·s. Entre deux voyages, elle retournait souvent dans la ville où elle avait grandi, pour se ressourcer là où se trouvaient sa famille et ses racines. C’est aussi là qu’elle est décédée subitement le 22 janvier 2021.

Recrutée en 1998 comme chargée de Travaux Dirigés, puis en 2000 comme Attachée temporaire d’enseignement et de recherche (ATER), et enfin en 2009 comme Maîtresse de conférences, Marina Maestrutti a fait toute sa carrière d’enseignante-chercheure au sein de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle avait rejoint cette dernière en 1997, après une maitrise en Philosophie obtenue en Italie, à l’Université de Bologne, suivie d’un cours de perfectionnement en anthropologie philosophique à l’Université d’Urbino, pour travailler avec Alain Gras et Victor Scardigli au sein du Cetcopra (Centre d’étude des techniques, des connaissances et des pratiques). À son bagage de philosophe vint alors s’ajouter la perspective de la socio-anthropologie des techniques qui y était développée. Ainsi, en se dotant des compétences méthodologiques propres aux démarches qualitatives en sciences sociales, elle devint une pionnière en matière de philosophie fondamentalement basée sur du travail empirique et répondant à toutes les exigences de l’enquête de terrain.

C’est au Cetcopra qu’elle débuta ses recherches sur les imaginaires, puis, à partir de 2003 sur les imaginaires dans la représentation techno-scientifique du corps. Elle soutint sa thèse en Epistémologie et Histoire de sciences et techniques en 2007, sous la direction de Bernadette Bensaude-Vincent ; thèse qui a été publiée en 2011, aux éditions Vuibert, sous le titre Imaginaire des technologies. Mythes et fictions de l’infiniment petit. En 2017, elle publiait aux éditions du Pommier Notre société sera-t-elle nano-technologique ? Les travaux de Marina Maestrutti se sont ensuite spécialisés sur les relations entre les corps et les technologies contemporaines dans le domaine de la santé. Ses recherches récentes l’avaient conduite à participer, entre autres, à plusieurs enquêtes pluridisciplinaires sur les innovations techniques autour des prothèses et dispositifs de substitution sensorielle.

Sa bibliographie est riche de très nombreux articles ou chapitres d’ouvrages, en nom propre ou en collaboration. En 2018, elle dirigea avec Florian Kröger l’ouvrage Les imaginaires et les techniques, publié aux Presses des Mines.

Depuis les imaginaires et les discours qui ont accompagné l’émergence des nanotechnologies et les fondements idéologiques, philosophiques et anthropologiques des techno-utopies du corps contemporaines (en particulier le transhumanisme et le posthumanisme), jusqu’à ses recherches actuelles portant plus particulièrement sur des questions liées à la santé et à l’innovation technologique (diagnostic par imagerie, robotique, prothèse), Marina Maestrutti aura été une chercheure passionnée, engagée, et d’une insatiable curiosité. Elle s’était aussi intéressée ces dernières années aux problématiques du genre. Depuis quelques mois, elle travaillait à questionner les études des corps mutilés et appareillés au prisme des théories féministes, mêlant habilement, comme à son habitude, des champs de réflexion issus de différents courants. En publiant son article intitulé « La prothèse et le cyborg au cœur des représentations de genre et du handicap », le numéro 3 de la revue de l’Université Paris 1, # 1257 (janvier 2021), consacré à « Ce que le genre fait aux sciences humaines et sociales », a recueilli ce qui restera une des dernières contributions de Marina Maestrutti à la communauté universitaire et à la recherche sur les corps et les techniques.

C’est cette même capacité à faire s’entrecroiser des axes de réflexion de natures diverses qui l’a conduite à fonder au sein d’associations professionnelles importantes, en collaboration avec ses collègues et amies, des groupes de travail liant les Science and Technology Studies (STS) et la socio-anthropologie des corps. C’est ainsi qu’elle a créé en 2007, avec Caroline Moricot et Valérie Souffron (Paris 1/Cetcopra), le Réseau thématique « Corps, technique et société » de l’Association Française de Sociologie (AFS), puis en 2012, avec Daniela Cerqui (Université de Lausanne) et Céline Lafontaine (Université de Montréal), le Réseau thématique « Corps, technosciences et société » de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF). Elle en est restée jusqu’à ses derniers jours une infatigable animatrice. De 2016 à 2018, elle avait également été la vice-présidente de l’association Science and Technology Studies Italia.

Marina n’était pas qu’une grande intellectuelle. C’était aussi une belle personne. Chaleureuse, empathique, prompte à reconnaitre la diversité des compétences et tisseuse de liens entre les gens, elle avait su réunir autour d’elle une communauté internationale de chercheur·e·s.

Elle fut également une enseignante attentive et disponible, une amie, une fille, une sœur, et une tante attentionnée. Que ses ami·e·s, ses collègues, ses étudiant·e·s, ainsi que sa famille, trouvent dans cet hommage le témoignage de cette communauté du lien qui nous plonge toutes et tous dans le même chagrin.

“We were together. I forget the rest.” Walt Whitman (Leaves of grass)


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