AISLF

Événements AISLF en 2013

Reconfiguration du politique et du lien social

6-8 mai 2013, Hammamet (Tunisie)

Ce colloque est organisé par la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines et Sociales de Tunis,
l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis
et le laboratoire Philab, en partenariat avec l’AISLF et
l’Association tunisienne de sociologie.

Avec le soutien de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
l’Université de la Manouba et l’Université de Tunis


Reconfiguration du politique et du lien social

L’histoire de la sociologie montre que cette discipline a toujours été partagée, depuis sa naissance, entre l’analyse des césures et des discontinuités et le dévoilement des processus de reproduction. Cette perplexité fondamentale, structurante du discours sociologique, s’explique en partie par un rapport différent aux temporalités sociales. La prise en compte de temporalités longues (la longue durée dont parle F. Braudel), permettrait un repérage plus facile des permanences, alors que la focalisation sur les « accélérations de l’histoire » conduirait à prendre davantage au sérieux les ruptures institutionnelles et les bouleversements au niveau des registres de légitimation de l’ordre social et politique. L’intérêt de raisonner en termes de recomposition et de reconfiguration est justement de mettre en évidence les formes de travestissement, de transposition et de réinvention par lesquelles les sociétés humaines ne cessent de fabriquer du « neuf » avec du « vieux » ou, ce qui revient au même, réinventent les paradigmes et les traditions qui les structurent, en agençant de manière différente leurs éléments et en les ajustant à des contextes inédits.
Le colloque que nous organisons a pour objectif d’engager une réflexion collective sur ce double processus en ce qui concerne la construction des modalités du vivre-ensemble et la définition des identités qui les sous-tendent. Que ce colloque se tienne en Tunisie, un pays qui a donné le coup d’envoi à l’ouverture de l’espace public et à un processus de transition démocratique amorcé dans l’ensemble (ou presque) du monde arabe (l’Egypte, le Yémen, la Libye, etc.), n’est pas chose anodine. Les « révolutions » arabes, les mobilisations collectives observées ici ou là et les formes de contestation politique similaires en rapport avec la crise - centrées sur la critique du néolibéralisme et sur la remise en question de la légitimité des Etats-nation en tant que cadre d’identification prioritaire - observées dans de nombreuses sociétés occidentales et autres n’invitent-elles pas à un réexamen des paradigmes dominants dans la discipline ? Faut-il y voir de « fausses révolutions » qui entérineraient, en les remettant au goût du jour, les diktats du passé ? Faut-il prendre au sérieux le temps « court » de l’actualité, avec sa cascade de vrais et de faux « événements » ou, au contraire, persister à croire que les transformations les plus profondes sont celles qui avancent en silence, sans fracas politique ou médiatique. A quel point les processus en cours sont-ils porteurs d’incertitude ? Y a-t-il un « nouveau paradigme » en émergence ou en gestation ? Si non, quels sont les enseignements sociologiques que nous pouvons retenir des bouleversements en cours ? Pour répondre à ces questions, nous estimons qu’il serait particulièrement fécond de prendre pour cadre de réflexion la question du politique et des identités collectives.
Trois orientations majeures caractérisent l’étude du politique du point de vue des sciences sociales : d’abord, l’étude des institutions de gouvernement, de leur fonctionnement et de leur transformation, ensuite celle de l’action politique dans ce qu’elle implique comme conflits, compétitions et tensions entre groupes sociaux ; et, enfin, l’analyse de l’imbrication du politique avec d’autres dimensions du social : le religieux, le symbolique, etc. Pour notre part, nous partons de l’hypothèse que la reconfiguration du politique n’implique pas seulement la refonte des institutions qui l’incarnent, mais qu’elle est étroitement liée tant à la hiérarchisation des logiques d’affiliation qui commandent le vivre-ensemble qu’à la (re)-définition des identités collectives. Ainsi on peut se demander sur quelle base (religieuse, ethnique, idéologique, linguistique, etc.) se construisent les modalités concurrentes d’affiliation collective et quel rapport elles entretiennent avec la mise en place d’un contrat social et politique viable ? Selon quelles logiques (pis-aller, compromis, consensus) s’opèrent la régulation et la mise en commun nécessaires à la construction de ce contrat, particulièrement dans les contextes de transition et d’effervescence politiques ? Quelle lecture sociologique faut-il faire de la mobilisation et/ou de la réactivation des référents identitaires dans le champ politique ?
Apporter une réponse à ces questions peut se faire, nous semble-t-il, à partir de quatre entrées thématiques principales :

1. Du politique et de ses institutions
La reconfiguration du politique est d’abord un remue-ménage dans les institutions politiques, comme en témoignent les processus de transition démocratique observés un peu partout dans le monde arabe, y compris dans les pays qui, comme le Maroc, n’ont pas connu de violents séismes institutionnels et qui ont pris la voie de la « réforme ». Quel que soit le degré de violence et de rupture qui accompagne le processus en cours (table rase et refondation versus compromis et réforme), la refonte des institutions favorise la mise en scène de cultures politiques différentes et de visions hétéroclites de la démocratie (représentative ou participative). Elle fait aussi remonter à la surface les clivages socioculturels des élites et les contradictions qui structurent en profondeur les sociétés en question.

2. Mouvements sociaux et mobilisations collectives : nouvelles arènes, nouveaux acteurs
Les mouvements sociaux et les mobilisations collectives constituent certainement des facteurs déterminants dans la mise en œuvre de ruptures politiques majeures et dans la renégociation des principes sous-jacents au contrat politique et social. Ces mobilisations conduites par toutes sortes d’acteurs, tels les ONG et les mouvements de jeunes plus ou moins nébuleux situés à la marge des affiliations partisanes et des clivages idéologiques, traduisent tantôt des formes de contestation de la légitimité de l’Etat et des institutions et une érosion de la crédibilité de celles-ci, tantôt une demande de « plus d’Etat » et de « plus de régulation ». Est-il pertinent de s’interroger aussi sur les nouvelles expressions du politique lui-même - émeute, satire et dérision, voire dépolitisation apparente – et sur les nouvelles arènes où se joue sa « réinvention » : réseaux sociaux, blogosphère et shows médiatiques.

3. Citoyenneté et pluralisme social : espace public et construction du vivre-ensemble
C’est un lieu commun que de dire que la construction du vivre-ensemble se heurte constamment à des conflits d’intérêts et des conflits de valeurs. Dans des sociétés de plus en plus pluralistes et qui reconnaissent ce pluralisme comme un principe fondateur de l’ordre politique, comment la logique de citoyenneté fondée sur une normativité juridique « artificielle » s’accommode-t-elle d’identités et d’appartenances « naturalisées » considérées comme « primordiales » ou, pour le moins, antérieures ? Comment peut s’opérer la définition d’un bien commun qui transcende les groupes, avec ce que cela implique au niveau de la négociation des régulations institutionnelles ? Quel serait le rôle des sociabilités « virtuelles » dans la reconfiguration de l’espace public ?

4. À la frontière du politique
La définition du politique lui-même est un enjeu de taille, dans la mesure où elle fixe le degré d’autonomie et de « perméabilité légitime » du champ politique par rapport à d’autres champs, tel que le champ religieux. C’est en fonction de cette définition, que se détermine aussi ce qui doit se régler au niveau de l’agir collectif et des institutions qui l’incarnent, et non dans le cadre de la vie privée et de l’entre-soi ou dans celui du contentieux judiciaire. Aussi, la redéfinition du politique et sa recomposition se jouent-elles, en partie, à ses frontières. Loin d’une vision rationaliste de l’espace public centrée sur la négociation délibérative du bien commun, sur la scène du politique se joue un drame où passion, émotions, sentiments religieux et sentiments de justice se mêlent.

Programme

Lundi 6 mai 2013

9h00 : Didier Vrancken, Président de l’AISLF
Noureddine Kridis, Doyen de la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis
Taoufik Aloui, Directeur de l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis
Allocutions de bienvenue

9h30  : Imed Melliti et Abdessatar Sahbani : Présentation de la problématique du colloque

Première séance : La reconfiguration du politique : nouvelles arènes, nouveaux acteurs
Président : Marc-Henry Soulet

9h50  : Hassan Mouri , Acteurs sociaux et stratégies de repositionnement après le 14 Janvier 2011

10h10  : Dorra Mahfoudh-Draoui, Mouvement social et lutte des femmes en Tunisie

10h30  : Samira Ayed, « Une hirondelle ne fait pas le printemps » ou le printemps des femmes arabes

10h50 : Pause café

11h10 : Pierre-Wilfrid Boudreault, Jeunes, savoir, système politique national et extension de la modernité. Énigme du pouvoir et différenciation sociale au Québec

11h30 : Marc Breviglieri, Les limites fertiles du pluralisme. À propos de l’entrée de l’enfance en politique

11h50 : Mounir Saïdani, De quelques aspects de changement dans le champ artistique tunisien post-révolutionnaire : vers un mouvement culturel ?

12h10 : Débat

13h00 : Déjeuner

Deuxième séance : Reconfigurations du politique et recompositions identitaires
Président : Didier Vrancken

15h00 : Abdessatar Sahbani, Ordre social et transition démocratique en Tunisie

15h20 : Ahmed Khouaja, Résurgences de la mémoire collective des Tunisiens dans la Tunisie de l’après Révolution : transition émotionnelle ou processus consensuel

15h40 : Rabeh Nebli, Identité et construction démocratique dans un pays en difficulté : le cas de la Tunisie

16h00 : Pause café

16h20 : Imen Noura Azzouzi, La reconfiguration du politique : le « phénomène » Béji Caïd Essebsi ou le retour à la tunisianité politique

16h40 : Faouzia Bourissa, Entre identité et citoyenneté : une nouvelle société en gestation ?

17h00 : Débat

Mardi 7 mai 2013

Troisième séance : Penser la rupture
Président : Pierre-Noël Denieuil

9h00 : Monique Hirschhorn, Le sociologue peut-il penser l’histoire du temps présent ?

9h20 : Ridha Ben Amor, Processus « révolutionnaire » et rupture ontologique en Tunisie

9h40  : Pierre-Robert Baduel, Le temps insurrectionnel de la Révolution tunisienne. Petit exercice d’interprétation dobryste

10h00 : Pause café

10h20 : Jean-Louis Genard, Quelques éléments pour comprendre la crise actuelle des référentiels humanistes

10h40, Abdelkader Zghal, Le paradigme positiviste et la Révolution tunisienne

11h00 : Imed Melliti, Jeunes, mobilisation collective et engagement révolutionnaire

11h20 : Débat

Quatrième séance : Espaces publics et citoyenneté
Président : Ridha Ben Amor

14h40 : Armel Huet, Le lien social comme modalité d’exercice de la raison humaine

15h00 : Michel Messu, Société civile et lien social

15h20 : Monique Legrand, ONG et action publique : quel dialogue ? Le cas des politiques sociales en France et en Europe

15h40 : Pause café

16h00 : Jan Spurk, L’espace public contemporain : entre l’industrie culturelle et la libération

16h20 : Gilles Ferréol, Citoyenneté et accommodements raisonnables

16h40 : Adel Belhaj Rhouma, Démocratisation et communautarisme religieux : le dilemme de la citoyenneté tunisienne

17h00 : Débat

Mercredi 8 mai 2013

Cinquième séance : Enjeux politiques et perspectives sectorielles
Président : Sihem Najar

9h30 : Lise Demailly, La démocratie, entre exigences de transparence et exigences de secret : l’exemple de la santé

9h50  : Saïda Baccouche, Le tourisme en Tunisie : la voie vers la délégitimation ?

10h10 : Jean Ruffier, Le manager moral : comment être un décideur et dépendre d’une hiérarchie dont on rejette certaines options ?

10h30 : Débat

11h00 : Pause café

11h30 : Fethi Rékik, Synthèse des travaux du colloque

12h00 : Clôture

13h00 : Déjeuner

Ateliers
- 1. Atelier du CR 16 : La sociologie : une profession en devenir (Lundi 6 mai 2013 de 17h30 à 19h30)
Modérateur : Christophe Beslay
Participants : Slaheddine Ben Frej, Faouzia Bourissa, Nicolas Golovtchenko, Romain Gournet, Armel Huet et Abdessatar Sahbani.

- 2. Atelier doctoral (Mardi 7 mai 2013 de 17h30 à 19h30)
Modérateur : Béchir Tlili
Participants : Najet Araari, Amir Ben Khaled, Hédia Bougerra, Azza Chaabouni, Sana Farhat, Badra Gaaloul, Kaouther Graïdia, Rym Halouas, Dorra Tounsi et Elhem Zahzah Hbiri.


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