AISLF

Yvonne ROUX (1920-1998)

Témoignage

Marcel Bolle de Bal

Yvonne, je t’aimais bien, nous t’aimions bien...

J’aimais ta bonne humeur, ton sourire réconfortant.

Pour nous, grands enfants plus ou moins responsables de l’AISLF, tu étais la Mère compréhensive, la sœur affectueuse, I’amie stimulante.
Tu étais rire et sourire, bienveillance et lucidité. Jamais je ne t’ai entendue te délecter à dire du mal de l’un ou l’autre... et pourtant tu n’étais pas dupe de nos narcissismes fragiles, de nos petites et grandes lâchetés, de nos jeux de pouvoir et de nos compétitions plus ou moins larvées. Tu regardais, amusée et attendrie, la mise en scène de nos mesquines vanités. Tu étais l’oreille empathique, maternelle, consolante de nos secrètes incertitudes... mais aussi le regard critique, aux reproches pour nous jamais indifférents, de nos faiblesses, errements, défaillances de jugement ou de mémoire.

Car l’AISLF, la mémoire de l’AISLF, c’était toi. Toi, plus que n’importe qui d’autre, même si, à plus d’une reprise, je me suis senti - j’ai eu le privilège de me sentir ton complice sur ce plan. Certes, tu n’étais pas là, physiquement, en 1958, lors de la création de notre Association. Mais dès 1959, tu aidais Georges Gurvitch à lancer le navire sur les flots. Depuis lors, rares ont dû être les réunions du Bureau, voire même les colloques que tu n’as pas illuminés de ta chaleureuse présence. Tu étais l’ombre - et la lumière - de ce terrrrrrible Gurvitch. De celui-ci, trop tôt disparu, tu n’as cessé de cultiver le souvenir... fût-ce à travers tes inimitables imitations de son rugueux parler. Georges Gurvitch à créé l’AISLF. Tu l’as fait vivre et grandir.

Pour moi, bien des lieux de la francophonie demeureront pour toujours colorés, dans mon souvenir, par ton ardente présence : Québec, le lac Beaumont, Mont Orford, Raspail, La Rochelle, Mirandol, Hammamet, Toulouse, Lyon, Menton, Bruxelles, Louvain-la-Neuve, Genève, Rome, Lisbonne, Evora, Sils-Maria... Tu étais notre joie d’exister, et aussi notre chroniqueuse (?) photographique, vive mémoire de nos ébats et débats.

Tu étais celle qui, mieux que quiconque, connaissait tous les engrenages de l’AISLF et tu possédais l’inestimable talent d’y mettre l’huile qu’il fallait, quand il le fallait. Tout cela sans nulle ostentation, par conviction, vocation et passion.

Tu étais l’AISLF, toute l’AISLF, mais plus que l’AISLF. De ta vaste famille, que tu chérissais, il t’arrivait de me parler avec pudeur et émotion. Et à Rome, au détour de l’une ou l’autre rue, tu nous révélais soudain ton goût pour la culture, et ta secrète culture.
Oui, Yvonne, nous ne pourrons que te regretter. Nous te regrettons déjà. Tu étais vraiment, comme l’a bien dit Christiane ton amie et ta disciple, « la grande Dame de l’AISLF ».

Merci pour tout ce que tu nous as donné. Merci surtout d’avoir été, à travers vents et marées psychosociologiques, Toi, « notre » Yvonne au grand cœur...


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